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  • il y a 3 ans
Marie Toussaint est députée européenne, tête de liste écologiste aux prochaines élections européennes.

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00:00 6h, 9h15, RTL Matin, avec Stéphane Carpentier.
00:04 Merci de nous rejoindre, si vous ouvrez les yeux, l'invité de RTL Matin est en direct,
00:08 et c'est Marie Toussaint, députée européenne. Bonjour à vous.
00:10 Bonjour.
00:12 Merci d'être connectée, je précise que vous êtes tête de liste écologiste aux prochaines élections européennes.
00:17 Ces mesures annoncées par le Premier ministre hier depuis la Haute-Garonne,
00:20 dans ce bras de fer avec les agriculteurs, en tous les cas cette grogne des agriculteurs,
00:25 c'est quoi pour vous ? C'est une déception ce matin avec un peu de recul ?
00:29 Bien sûr, bien sûr. On a observé une opération de communication qui était bien huilée,
00:35 un Premier ministre qui a été rencontrer les agriculteurs,
00:39 enfin qui leur a déclaré son affection, qui leur a donné de la considération,
00:45 c'est important, mais ça ne répond pas aux besoins des agriculteurs
00:49 de vivre dans un modèle économique qui leur permette de vivre dignement de leur travail.
00:54 Et donc moi j'y vois plutôt une opération de mystification,
00:58 et dans les propositions qui ont été mises sur la table par Gabriel Attal, on a surtout du flou.
01:03 C'est-à-dire ?
01:05 Eh bien, vous voyez sur la question de l'équité des revenus des agriculteurs,
01:12 on a d'un côté une annonce, un ton très très ferme sur la question du Mercosur,
01:16 cet accord de libre-échange avec l'Amérique latine.
01:19 Sauf que, il y a ce que M. Attal affirme au pied de la meule,
01:22 et il y a de l'autre côté l'absence totale de la France à Bruxelles
01:26 lorsqu'il s'agit de s'opposer aux accords de libre-échange,
01:29 l'absence de la France autour de l'accord du Mercosur,
01:32 mais aussi une contribution aux accords de libre-échange sur le Chili ou le Kenya.
01:36 Donc on va attendre de voir quelle est la position de la France,
01:39 mais il faut sortir de ces accords de libre-échange.
01:42 Est-ce que vous faites un peu comme tout le monde en disant "le compte n'y est pas",
01:45 c'est-à-dire qu'on n'a pas tout ?
01:46 Mais est-ce qu'on peut, franchement, on pouvait avoir tout d'un coup comme ça de la part du gouvernement ?
01:50 Je veux dire, ils ont quand même annoncé le gazole non routier,
01:53 finalement il devait être taxé, il ne sera pas.
01:55 On a débloqué 50 millions d'euros pour la filière bio,
01:58 il y a des mesures d'urgence, notamment pour les éleveurs de bovins
02:00 qui sont touchés par la grippe de la vache.
02:02 Il y a des choses concrètes qui sont annoncées ?
02:04 Il y a des choses concrètes, c'était important, c'était urgent,
02:08 mais j'ai envie de vous dire, c'était la base.
02:10 C'était la base, parce que ce que demandent les agriculteurs et les agricultrices,
02:12 c'est une manière, encore une fois, de vivre dans un modèle économique
02:16 qui leur permette de vivre dignement de leur travail.
02:19 Or, aujourd'hui, on a un absent dans la pièce, l'éléphant dans la pièce,
02:24 le grand absent de la pensée de M. Attal, c'est la transition écologique.
02:28 Est-ce qu'on donne réellement aux agriculteurs les moyens de faire la transition ?
02:32 Et pour ça, il faut des revenus sur le long terme qui soient fiables,
02:36 des revenus qui soient suffisants,
02:38 des revenus qui leur permettent de vivre de leur travail et d'y voir clair.
02:41 Or, aujourd'hui, il n'y a rien.
02:43 Et qu'est-ce que ça veut dire ?
02:44 Ça veut dire qu'on laisse les agriculteurs seuls pour affronter le dérèglement climatique,
02:49 la perte de biodiversité qui impacte leurs exploitations tous les jours.
02:53 Et donc ça, ce n'est pas possible, il faut changer de modèle.
02:55 On a à peine entendu la volonté de réduire les marges de l'industrie agroalimentaire
03:00 et des intermédiaires, c'est 48% de bénéfices en plus ces dernières années,
03:07 en tout cas, c'est beaucoup de marges excessives.
03:11 Et puis, aucune volonté de transformer la PAC,
03:13 une PAC qui est aujourd'hui extrêmement inégalitaire,
03:16 qui favorise toujours les plus gros au détriment des plus petits.
03:19 Et donc, pas de changement de modèle économique.
03:21 Une revendication simple qui vient du terrain, c'est de dire
03:25 il ne faut plus qu'on puisse vendre nos produits en dessous du prix de revient.
03:28 Rien n'a été mis sur la place par le Premier ministre,
03:31 qui s'en est au contraire pris, effectivement, aux demandes environnementales
03:35 et aux droits de l'environnement, ce qui est éminemment inquiétant.
03:38 Ce n'est pas une bonne réponse pour l'écologie, c'est ça que vous nous dites ce matin.
03:41 Ce n'est ni une bonne réponse pour l'écologie, qui est absolument indispensable,
03:44 ce sont les agriculteurs qui sont les premiers à être impactés
03:47 par la crise écologique que nous traversons,
03:49 et ce n'est pas une bonne réponse à la crise économique et sociale
03:53 que vivent les agriculteurs et les agricultrices de notre pays et d'Europe.
03:57 Encore une fois, je vous le dis, sur le libre-échange, c'est flou.
04:00 Sur les marges excessives de l'industrie agroalimentaire et des intermédiaires, c'est flou.
04:05 Sur la PAC, il n'y a strictement rien.
04:07 Donc, on est totalement à côté de la plaque.
04:10 Donc, je pense que les agriculteurs, certains, sont en train de lever le camp.
04:12 Moi, je pense que, dans tous les cas, si la mobilisation s'arrête,
04:15 il y aura une colère sourde qui va continuer,
04:18 et je pense qu'on va entendre encore les revendications des agriculteurs
04:21 et des agricultrices à l'avenir.
04:23 Et vous savez, il y a un autre point.
04:25 Moi, je suis allée sur le terrain rencontrer ces agriculteurs et ces agricultrices.
04:28 Ils demandent de la considération, ils demandent du respect.
04:32 Or, on dit aujourd'hui, on va mettre l'Office français de la biodiversité, l'OFB,
04:37 sous la responsabilité des préfets.
04:39 Sur le terrain, ce que disent les agriculteurs et les agricultrices,
04:41 c'est que les préfets ne sont même pas sortis les rencontrer.
04:44 Donc, vous comprenez bien qu'on a là une opération de communication, encore une fois,
04:49 mais, au fond, aucun changement, ni sur le modèle économique,
04:53 ni sur la considération, et surtout, aucun soutien face au dérèglement climatique
04:58 et à la perte de biodiversité.
05:00 - Quand vous entendez, vous, qu'il y a des mesures pour faciliter le débroussaillage,
05:03 l'installation de haies, ou encore de construire des retenues d'eau,
05:07 quand on reparle de super bassines ou de bassines,
05:09 ça vous inquiète, toutes ces mesures, ces annonces-là ?
05:13 - Évidemment, ça m'inquiète.
05:16 M. Attal tire de son chapeau des concepts extrêmement flous,
05:19 comme la présomption d'urgence, par exemple.
05:21 Personne, en droit de l'environnement, ne sait ce que veut dire la présomption d'urgence.
05:24 Donc, ce qu'il prépare, en réalité, ce sont de grands reculs pour l'écologie,
05:27 mais aussi des déconvenus pour les agriculteurs,
05:31 parce que, juridiquement, ce qu'il pose sur la table, ce n'est pas clair,
05:33 et que le droit, vous voyez, ne supporte pas d'être approximatif.
05:38 Le droit, ce n'est pas des approximations permanentes.
05:41 Donc, la réalité, c'est que, non seulement, on ne comprend pas bien
05:44 ce à quoi va en venir M. Attal, mais qu'en plus de ça,
05:48 ça va nécessairement créer de la déception.
05:50 - Marie Toussaint, vous êtes députée européenne, vous dites quoi à ces agriculteurs ? Continuez.
05:56 - Je leur dis qu'il faut continuer à se battre,
05:59 qu'on peut changer de politique agricole,
06:01 que les élections européennes du 9 juin prochain détermineront
06:05 quelle est la PAC que nous voulons,
06:07 quel est le modèle de commerce et de libre-échange que nous voulons,
06:10 et que nous, les écologistes, ce que nous portons,
06:12 c'est la fin du modèle de libre-échange, la fin de la mise en concurrence permanente
06:16 des paysannes et des paysans d'Europe avec le reste du monde,
06:19 la fin de la mise en concurrence permanente
06:22 des agriculteurs et des agricultrices de France avec le reste de l'Europe,
06:25 et du reste de l'Europe avec la France,
06:28 une PAC moins inégalitaire qui cesse de subventionner les grandes exploitations
06:32 en permanence au détriment des plus petites,
06:34 et vous savez, le plus grand nombre d'exploitations sur le territoire sont de petites exploitations,
06:38 et donc il faut changer la donne, il faut cesser de subventionner à l'hectare,
06:42 et plutôt subventionner à l'actif, au nombre de personnes qui travaillent sur ces exploitations.
06:47 Nous pouvons avoir une Europe pleine et forte de ces paysannes et de ces paysans,
06:52 plutôt qu'une agriculture des robots, donc c'est ça que nous leur proposons.
06:55 Continuons le combat, Marie Toussaint sur RTL ce matin,
06:57 députée européenne et tête de liste écologiste aux prochaines élections européennes.
07:00 Merci d'avoir été l'invité de RTL Entretien, qu'on va retrouver sur rtl.fr.

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